Retour sur la conférence de Jérôme Guillet sur l’aller vers

Jérôme Guillet, spécialiste de l’ « aller vers » et des actions en direction des publics « non captifs » était en Loire-Atlantique pour partager son approche de l’intervention sociale aux bénévoles, professionnels et partenaires des Centres Sociaux et Espaces de Vie Sociale du Réseau de Loire-Atlantique.

Sa première intervention, le vendredi 25 octobre 2020, consistait en un travail de stimulation et de questionnement collectif sur la question de l’«aller vers» et des alternatives aux logiques programmatiques. Le lendemain, Jérôme Guillet a proposé un temps de conférence plus concret sur comment et pourquoi les Centres Sociaux peuvent développer l’« aller vers ». C’est sur ce deuxième temps que nous vous proposons un retour détaillé.

Nous avons séquencé la conférence de Jérôme Guillet en 11 capsules audio. Pour chaque capsule, vous retrouverez un texte introductif qui revient synthétiquement sur les  notions qui y sont abordées, ainsi que la possibilité d’écouter l’extrait.

Une publication interactive pour revivre la conférence

Retrouvez le retour détaillé de la conférence “Aller Vers : comment et pourquoi”   de Jérôme Guillet dans une publication interactive. Vous y retrouverez le contexte, le contenu détaillé des séquences avec la possibilité d’écouter les extraits audio associés et le lien vers de nombreuses ressources pour aller plus loin.

Extraits audio de la conférence de Jérôme Guillet

1. Introduction : L’aller-vers, une pratique de terrain comme une surface de travail populaire

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Dans cette introduction, Jérôme Guillet présente son approche de l’«aller vers». Il définit le terrain comme une surface de travail populaire et commune entre les salariés, les bénévoles et les habitants. Il y voit une alternative pour ne plus faire de la réunion, l’unique point de convergence et de relation. Il défend l’idée de campagnes relationnelles pour intervenir de manière constante sur le territoire et créer de la relation avec les habitants. Dans l’«aller vers», ce n’est pas qu’une compétence professionnelle qui est mobilisée, mais une compétence sociale. L’aptitude à entrer en relation avec des gens différents est une compétence qui n’a pas d’âge, ni de statut. Parfois même, selon les écosystèmes, les bénévoles sont plus à même que certains salariés pour aller vers les habitants.

2. La découverte de l’animation spontanée en tant qu’animateur de jeunes enfants

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Dans cette partie, Jérôme Guillet revient sur le moment où il a pris conscience que l’animation était en réalité, bien plus complexe et intéressante que ce qu’il imaginait. À cette période, il est animateur en stage BAFA auprès d’enfants dans une colonie de vacances. Très vite, il découvre que les enfants constituent une institution démographique capable de décider du sort de leur temps libre. Il découvre également la richesse de l’observation active et de la plus-value des animations spontanées. En bref, une approche qui consiste à privilégier le vécu sur le prévu et s’appuyer sur ce qu’offre l’environnement, plutôt que sur une programmation.

Pour illustrer ses découvertes, Jérôme Guillet s’appuie dans cette séquence sur des expériences concrètes vécues avec les enfants. Par exemple, avec l’histoire de la maison abandonnée caillassée, il explique comment un problème peut ensuite devenir une opportunité. Il nous parle aussi d’une balade en vélo vers un concours canin qui s’est transformée en chasse aux gargouilles. Un exemple pour raconter comment la curiosité des enfants et la prise en compte des ressources environnantes ont permis de bouleverser le programme, et d’offrir de nouvelles perspectives.

3. L’animation spontanée transposée à un public d’adulte

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Après sa découverte de l’animation spontanée suite à son expérience auprès de jeunes enfants, Jérôme Guillet a eu l’occasion d’expérimenter cette approche auprès d’un public adulte. Pour illustrer son propos, il revient sur sa participation en 1998, à un rassemblement international auquel il a participé en tant que membre du conseil national de la jeunesse. Un évènement où des centaines de jeunes adultes, représentant plus de 130 nationalités, étaient réunis sur un campus au Portugal pour se rencontrer et débattre. Si le fond y était, la forme n’était pas adaptée. L’organisation [trop] institutionnelle fit un flop et les espaces de débats et de rencontre prévus par les organisateurs étaient désertés par les participants. Alors Jérôme Guillet, accompagné de quelques camarades, tenta d’animer le campus et de favoriser la rencontre avec les autres participants en mettant en place un dispositif informel.


Avec la réussite de cette animation improvisée, il prit conscience de la force du témoignage et de la nécessité de s’adapter à l’environnement pour favoriser la rencontre et la relation. Il venait de découvrir l’équation suivante : Une foule inconnue + un prétexte + des moments informels = Mille rencontres.

C’est cette expérience qui l’amena ensuite à travailler dans l’espace public, à la rencontre des passants.

4. Transformer la rue pour déclencher les rencontres avec les passants

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Inspiré par ses expériences précédentes, Jérôme Guillet a expérimenté un nouveau terrain de travail : la rue. Son objectif étant de déclencher des rencontres avec, et entre, les passants. Il expérimenta de nombreux dispositifs et très vite tira des enseignements de ses expérimentations :

  • Modifier l’environnement suscite la curiosité des passants qui finissent par approcher ;
  • Inciter à venir, sans jamais demander de venir ;
  •  Nécessité de faire baisser la défiance en évitant les sollicitations directes et en restant à l’écart ;
  • Favoriser le témoignage qui est populaire, et éviter l’argumentation qui est élitiste ;
  • Passer d’un sujet de réflexion pointu à un sujet de questionnement populaire qui prête au témoignage.

5. Des passants aux habitants : L’enquête de territoire pour des solutions endogènes

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Après une expérience réussie auprès des passants, une commune sollicite Jérôme Guillet pour un travail d’enquête sur un territoire de la ville sur lequel des problèmes sont régulièrement remontés et où aucun service municipal existe. Il se retrouve alors dans une réunion d’habitants où les habitants expriment leurs problèmes. Parmi la foule, il repère une habitante qui semble avoir une position plus équilibrée sur le quartier. Au fil de la discussion, il se rend rapidement compte qu’elle sera une alliée dans son travail sur le territoire, et bien plus encore.

À travers cette expérience, Jérôme Guillet insiste, entre autres, sur l’importance de s’autoriser de la relation pour détecter les ressources du territoire. Il explique aussi comment la production de solutions peut être « endogène » (le milieu produit ses solutions).

6. Concrètement, comment aller vers les habitants ? L’exemple du hall d’immeuble

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Dans cette séquence, Jérôme Guillet nous livre le récit d’une expérience matrice, qui permet de comprendre la stratégie d’ensemble développée pour aller à la rencontre des habitants.

L’expérience racontée est une action menée en habitat populaire, devant et dans un hall d’immeuble (zone de gratuité, porteur de parole, porte à porte, coin café…). Ce récit permet de comprendre l’importance de développer des logiques écosystémiques pour proposer des espaces permettant la variation du niveau d’engagement et d’implication, pour s’adapter aux capacités différentes des habitants à entrer en relation. Il explique comment articuler « laisser venir » et « aller chercher ».

Dans cette séquence, il parle également de l’importance d’avoir un allié dans l’écosystème, et en profite pour aborder le travail communautaire.

7. Concrètement, comment aller vers les habitants ? L’exemple du jardin public

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Jérôme Guillet s’appuie sur une autre expérience pour nous partager les clés permettant d’ « aller vers » et d’entrer en relation avec les habitants, cette fois-ci dans un jardin public.

Il nous partage, entre autres, l’importance de penser une approche polycentrique car, selon lui, l’évènement rassembleur est une belle illusion compte tenu des sensibilités différentes des habitants. Dans cette séquence, il revient sur l’intérêt de travailler sur la temporalité en installant du rituel pour un développement progressif de la reconnaissance et de la confiance, mais aussi pour respecter le rythme et le niveau d’implication de chacun.

Jérôme Guillet nous livre également quelques astuces pour penser un dispositif qui favorise l’entrée en relation (activité en autonomie pour les enfants, aménagement de confort, matérialité…).

8. Mais à quoi ça sert d’aller vers les habitants ?

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Après le comment, Jérôme Guillet aborde le pourquoi. Il expose dans cette séquence, les principaux enjeux de l’aller vers. Tout d’abord, aller vers pour avoir une connaissance plus fine du territoire, qu’il compare à un jeu de tarot. Il s’agit d’avoir toutes les cartes en main pour comprendre ce qui se joue sur le territoire, et savoir ce que les gens vivent. « Aller vers » permet de pouvoir détecter les personnes ressources, qu’il compare aux « atouts ». Il propose un outil de cartographie et de classification de ces personnes qui peuvent être ressources que ce soit en termes d’information, de mobilisation ou de pistes d’actions.

L’«aller vers» permet aussi d’effectuer un travail de première ligne auprès des habitants. Accueillir, écouter et chercher ici et maintenant, une solution à leurs problèmes. C’est aussi un moyen de lutter contre le non-recours aux droits et aux institutions. La proximité et la complicité rendue possible par l’«aller vers» permet de remplacer un circuit institutionnel souvent long et éprouvant par un circuit court et bienveillant.

9. En conclusion : Des campagnes relationnelles comme un retour aux sources

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Pour conclure son intervention Jérôme Guillet rappelle que l’aller vers s’inscrit dans une stratégie globale d’intervention pour créer un milieu éducatif ouvert pour les habitants. Il encourage l’idée d’une proximité multiforme (physique, affective, culturelle et politique).
Jérôme Guillet défend une conception de l’accueil qui commence à l’extérieur du Centre Social avec un déplacement des surfaces de contact dans des lieux tiers, voire chez les gens directement. Le Centre Social n’est plus le point de départ, ni le lieu d’animation mais le point d’arrivée (ou pas).

Il revient dans cette séquence sur la nécessité, selon lui, de mener à la fois une enquête de terrain et des campagnes relationnelles, pour connaître les habitants, créer de la complicité et comprendre ce qui se joue en dehors des radars. Il rappelle le double objectif de ces campagnes, à savoir, détecter les ressources du territoire et travailler ici et maintenant aux difficultés des habitants.

Dans cette séquence, il fait écho à la pédagogie sociale défendue par Laurent OTT : Être de manière inconditionnelle dans les espaces publics pour construire à partir de cette base, la relation aux habitants, puis les projets qui en découlent.

Enfin, il parle d’un retour aux sources en revenant sur l’origine du travail social et de l’animation socioculturelle de la fin du 19ème siècle dans le monde anglo-saxon, avec les premières grandes enquêtes sociales. Faire des campagnes relationnelles, c’est alors simplement s’intéresser à l’origine des Centres Sociaux et revenir aux fondamentaux : Arpenter le terrain pour produire de la connaissance et essayer de comprendre ce qui se joue ici et là, pour pouvoir répondre aux besoins des habitants.

Bonus : Des pistes pour favoriser l'accueil de nouveaux administrateurs

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Bonus : Des pistes pour compagnonner et essaimer

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